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mercredi 26 juin 2013

Manger ses émotions ou hyperphagie boulimique ?

Manger répond-il toujours à un besoin émotif ? Est-il possible de manger exempt d’émotion ? Mange-t-on NOS émotions ou AVEC émotion ? Y a-t-il une différence ? Pour plusieurs, l’acte de manger n’est plus si simple et déclenche beaucoup plus de culpabilité que de plaisir. Que s’est-il passé ?


Manger répond à un besoin de base physiologique. Lorsque le corps envoie ses signaux de faim, il s’attend à ce que la personne y réponde dans un délai adéquat. La sensation de faim est le signe d’un déséquilibre homéostasique. Lorsque la personne mange à sa faim, les sensations de satiété apparaissent, signe que l’équilibre est rétabli. C’est très mathématique comme situation.

Pourtant, ce n’est pas toujours aussi simple. Il peut arriver que nous ayons le « goût » pour un certain aliment, sans pour autant avoir faim. C’est ce qu’on appelle une « fausse faim ». De nos jours, ce comportement est fortement pointé du doigt en culpabilisant qui veut bien l’entendre qu’il faut cesser ce comportement inadéquat, amenant avec lui une généralisation de cette culpabilité vers tout acte de manger.

L’ennui, se sentir contrarié, subir un stress, ressentir un mal de tête, être fatigué ou en avoir l’habitude sont de bons exemples d’émotions ou d’états susceptibles de déclencher le comportement de manger ses émotions. Cependant, la réception d’une bonne nouvelle ou ressentir une grande fierté sont aussi des situations qui peuvent être gérées avec la nourriture.

Cette notion de réconfort s’explique de plusieurs façons : la psychologie sociale affirme que dans notre société, il est fréquent de célébrer un événement heureux autour d’un bon souper, ou encore d’offrir de la nourriture lors d’événements heureux/malheureux (comme lors d’un deuil). On se rassemble et on mange en groupe.  Les psychanalytiques expliquent que l’amour maternel et l’affection proviennent de l’acte de nourrir son enfant lors des premiers mois et expliqueraient pourquoi on recherche ce réconfort avec la nourriture. Les psychobiologistes affirment plutôt que le déclenchement de certains neurotransmetteurs (substances chimiques naturellement sécrétées par le cerveau) suscite des sensations de calme et de plaisir, que nous ressentons lorsque nous aimons ce que nous mangeons.

Manger ses émotions peut être vécu à différentes intensités selon le patron comportemental de la personne, ce qui peut occasionner beaucoup de souffrance et de culpabilité. Aussi, certaines personnes développeront des restrictions cognitives (se dire qu’il ne faut pas manger cet aliment, tout en le mangeant) et physiques (exemple, ne pas tenir de croustilles dans l’armoire) afin de s’empêcher de manger leurs émotions, ce qui les placera à risque de surconsommation, voire de développer un trouble alimentaire.

Un de ces troubles alimentaires se nomme hyperphagie ou hyperphagie boulimique. Plusieurs personnes ont du mal à le distinguer du comportement de manger ses émotions pour la raison suivante : manger ses émotions est une des fonctions du trouble hyperphagique. Pour l’instant, ce dernier fait partie de la grande famille des troubles alimentaires non spécifiés, et deviendra un trouble alimentaire à part entière avec l’arrivée du DSM-5 au printemps.

Ce qui différencie les personnes qui mangent leurs émotions de celles souffrant d’hyperphagie peut s’expliquer avec l’intensité des symptômes et donc, des critères diagnostiques. Les principaux sont les suivantes : une détresse psychologique et une souffrance marquée, un fonctionnement général affecté, une humeur dépressive, et évidemment une régularité au niveau des crises alimentaires. Le comportement de manger ses émotions est donc un comportement à risque selon le contexte qui l’entoure et les effets qu’il déclenche mais n’est pas nécessairement problématique. Le contexte fait référence à ce qui entoure l’acte de manger : la personne est-elle isolée ou en groupe ? quel est l’élément déclencheur ? que se passe-t-il pendant l’acte de manger ? Pour leur part, les effets provoqués sont liés aux émotions vécues suite à l’acte de manger (culpabilisation, faible estime de soi, frustration), aux comportements restrictifs qui pourront naître par la suite (je dois arrêter d’acheter des chips), ou encore aux comportements d’isolement.

Avec ces nuances, on peut facilement conclure qu’on mange nos émotions beaucoup plus régulièrement qu’on ne le pensait !
Alors où est le problème ?
Et y a-t-il un problème ?

Plus souvent qu’autrement, non. Nous avons besoin de normaliser l’acte de manger et de se permettre de ressentir du plaisir lorsque nous mangeons. Par contre, l’alimentation intuitive nous apprend l’importance de respecter nos différentes émotions en utilisant d’autres moyens que la nourriture pour les gérer. La nourriture gère temporairement l’émotion, mais celle-ci est encore présente et fera surface quelque temps après. Il est donc primordial de prendre conscience de l’émotion et de l’adresser directement, plutôt que d’agir sur l’acte de manger, qui n’est qu’un symptôme de l’émotion.

En terminant, je crois qu’il est essentiel de rappeler que l’acte de manger est tout-à-fait normal. Manger procure des sensations extraordinaires pour plusieurs de nos sens. Il faut prendre le temps de goûter, de savourer, de sentir, de toucher… Bref, de se permettre d’avoir du plaisir quand nous mangeons.


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