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mercredi 23 octobre 2013

Enfants en surpoids et Halloween


par Annie Aimé, psychologue

En prenant la route ce matin, au son d’un poste de radio populaire de la métropole montréalaise, voilà que les animateurs ont capté mon attention en posant la question suivante à leurs auditeurs : « Les parents d’un enfant en surpoids devraient-ils permettre à leur enfant de passer l’Halloween? ».

Cette question visait évidemment à provoquer les réactions des auditeurs. Pour ma part, j’ai trouvé troublant qu’on pose cette question qui, inévitablement, susciterait des critiques et des jugements face aux personnes en surpoids. Fort heureusement, l’animatrice de l’émission radiophonique s’est positionnée en faveur des enfants en disant que tous les enfants devraient pouvoir passer l’Halloween. Nous étions donc en accord sur ce point. Les enfants qui ont un surpoids sont des enfants comme les autres et ils méritent d’être traités comme des enfants, peu importe leur poids. Ils n’ont pas choisi leur apparence, ni leur poids. Connaissez-vous quelqu’un qui peut vraiment se targuer d’avoir choisi son corps? 

Le corps n’est en fait que l’une des composantes d’un tout, ce tout étant une personne à part entière, avec ses forces et ses faiblesses. Dirait-on à un enfant qui a une cicatrice dans le visage qu’il a choisi cette cicatrice et qu’il ne peut pas passer l’Halloween comme les autres? Se demande-t-on s’il devrait être permis aux enfants minces de passer l’Halloween? Et si le fait de priver un enfant en surpoids de bonbons le soir de l’Halloween lui envoyait le message indirect qu’il n’est pas comme les autres, qu’il n’a pas droit aux sucreries, qu’il doit faire attention à son poids, qu’il est porteur d’un problème dont il devrait avoir honte? Bref, il semblait évident que tous les enfants, peu importe leur apparence ou leur poids, ont le droit de célébrer cette fête!

Par la suite, l’animatrice de radio a eu la malencontreuse idée d’ajouter que « ce n’est pas de la faute de l’enfant s’il a un problème de poids. La responsabilité d’un surpoids revient à sa famille ». Cette affirmation implique que la famille devrait donc mieux contrôler ce que mange l’enfant, lui apprendre à éviter les bonbons et mieux l’alimenter. Plusieurs auditeurs ont signifié qu’ils étaient en accord avec cette affirmation. Pourtant elle témoigne d’un manque de connaissances quant aux réalités des familles où un enfant souffre d’un problème de poids. Pourquoi ainsi responsabiliser des parents pour un problème qu’ils ont déjà identifié et face auquel elles ont mainte et mainte fois tenté d’intervenir? N’est-il pas facile de dire qu’il suffit de faire attention à ce qu’on mange pour maintenir son poids? Il semble encore plus facile de juger lorsqu’on n’a pas soi-même de problème de poids que notre minceur est héréditaire! Or, il est important de se rappeler que le poids ne se contrôle pas à partir de restrictions alimentaires. Comment se fait-il que les gens continuent de croire en l’association simpliste voulant que pour contrôler son poids, il faut simplement surveiller son alimentation. En fait, 95% des gens qui font une diète reprendront leur poids. De plus, il a été montré que les enfants qui sont privés d’aliments considérés « engraissants » et limités dans les quantités de nourriture qu’ils consomment prennent plus de poids sur une période de 3 ans que ceux qui ne subissent pas de telles privations.

Comment se fait-il que nous continuions à considérer les familles où quelqu’un est en surpoids comme étant responsables de ce problème? Le surpoids ne peut pas être uniquement causé par la consommation d’aliments gras, sucré ou salés. Ne savons-nous pas que certains individus mangent des aliments de ce type régulièrement sans pourtant prendre de poids? Savons-nous qu’en blâmant les personnes en surpoids et en inférant qu’elles sont responsables de leur problème de poids, nous leur causons ainsi plus de tord que de bien? Nous les amenons à se sentir coupable. Or, la culpabilité ne mobilise personne, bien au contraire, elle paralyse l’humain. Les parents qu’on culpabilise pour le poids de leur enfant risquent de redoublé d’efforts pour limiter ce que mange leur enfant ou encore de baisser les bras et d’être confrontés à une forme de désespoir. L’enfant quant à lui grandit en croyant que quelque chose cloche en lui, qu’il n’est pas normal, qu’il ne peut pas faire confiance à sa faim. Il devient anxieux de devoir aller à l’école, de rencontrer de nouvelles personnes et peut même éviter les classes d’éducation physique (pour éviter qu’on le culpabilise encore plus par rapport à son poids). Il peut aussi se mettre à manger en cachette, avoir des excès alimentaires ou chercher à se réconforter avec les aliments.

Je le répète, le surpoids n’est pas un choix. Si nous avions réellement le choix, ne serions-nous pas tous très minces? Nous serions possiblement très semblables et quelle vie monotone se serait! Comment peut-on demander à nos jeunes de se conformer quant à un poids imposé culturellement, tout en maintenant leur individualité et en reconnaissant la diversité humaine?

Pour les parents qui cherchent à accompagner leur enfant dans le processus de reconnaissance de leur signaux de faim et de satiété (ce qui est une bien meilleure option que de leur imposer des quantités que nous jugeons appropriées comme adulte), je vous invite à découvrir certains outils offerts par le groupe ÉquiLibre. Par exemple, l’activité intitulée « Détectivegargoullis » que cet organisme a développé est intéressante et ludique. Pour les jeunes, le mouvement NXRMAL qui se retrouve sur le web peut représenter une source d’inspiration.  Enfin, pour toute famille désirant un accompagnement plus personnalisé, n’hésitez pas à communiquer avec la clinique IMAVI.


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